8 janvier 99


Arbre mon frère

je suis arbre
je dresse dans l'air gelé
mon profil fantomatique
le vent siffle
il pousse des sons stridents
à travers mes branches
squelettiques
qui se projettent sur la neige
en ombres froides
je m'agite
comme un pantin
mais personne ne m'écoute
les oiseaux m'ont fui
m'ont délaissé
me privant de leur chant
dont j'ai la nostalgie
je les appelle jour et nuit
mais c'est en vain
quelquefois même je hurle
quand vents et rafales
me torturent
quand le blizzard cruel
me givre
mais personne ne m'entend
personne n'a perçu mes cris

je suis là
haletant et fourbu
emprisonné dans ma solitude
je suis pétrifié de peur
je flageole sur mes racines
puis je m'endors
je me mets à rêver
à cette sève
qui circule dans mes veines
à ce printemps qui dort en moi
à toutes ces pousses
qui bourgeonneront au soleil
quand de nouveau
mes bras se dégivreront
pour se couvrir de feuilles
pour s'étendre dans un ciel bleu
et s'ouvrir en un vaste parasol
où les amoureux
viendront se caresser
se câliner
alors je reprendrai vie
je déploierai majestueuse
ma chevelure fraîche et ombreuse
les oiseaux s'amèneront pour s'y nicher
et pour joyeusement y chanter