8 mars 99



Après l'effroi


on a tellement sangloté
et amères étaient les larmes
mais au coeur point de rancune
aucun espace pour cela
que des nuées sombres
nées au point du jour
et que le vent au loin a soufflées
plus aucun gémissement
que la peur de l'orfraie
qui s'accroche à l'âme
vorace
entre ses griffes l'angoisse
on s'est laissé leurrer
par des bouches aux voix d'anges
on s'est réfugié dans l'épaisse forêt
à l'abri des ombres
on s'est caché pour pleurer
comme les oiseaux pour mourir
pendant que se dévidait l'écheveau
qui nous compte le temps
et le chagrin
et la solitude de l'absence
voilà qu'on s'exile en soi
solitaire voyageur
on y vagabonde
on y fuit les chiens aboyeurs
qui nous suivent à la trace
qui nourrissent nos frayeurs
l'épouvante
celle de l'enfant
douce lumière au-dessus des cimes
qui nous tend les bras
vite on dévore le chemin à parcourir
jusqu'au soleil éclatant
qui s'éclabousse sur le paysage
calme et serein
un pâtre là-bas marche à petits pas
il rêve la tête dans les nuages
il les regarde avec ravissement
se métamorphoser en moutons
le coeur léger il va devant
pendant que de tous côtés
comme des vagues blanches
les bêtes de son troupeau
broutent tout paisiblement
la fraîcheur de l'été