l'Afrique s'enfonce dans l'isolement elle tente de déjouer la fatalité de tirer son épingle du jeu en vain elle crie fait résonner les tam-tams il n'y a plus personne pour l'aider elle sombre dans l'oubli il n'y a pas d'oreilles pour l'écouter l'Occident lui tourne le dos dans sa solitude elle a peur elle se munie de charmes elle se protège des maléfices du mauvais oeil de celui qui voit dans le noir qui lui veut du mal elle est envahie par le sida anthropophage qui laisse ses mille vautours faire leur ravage ses femmes accouchent contaminées ses enfants naissent malades meurent comme des mouches elle perd foi dans ses guérisseurs pour conjurer l'envoûtement elle se munit de fétiches brûle ses sorciers sur la place publique elle ne parvient pas à se libérer de ses dictateurs sanguinaires qui ont vendu ses biens les plus précieux pour une bouchée de pain les marchands sont repartis sans lui donner un coup de main leurs besaces bien remplies les grandes puissances l'obligent à courber l'échine elle se met à genoux pour demander pitié le ventre vide ses populations silencieuses vivent dans la misère les yeux exorbités l'harmattan qui crache le feu souffle du désert l'Afrique retient avec grand peine sa rage et sa colère ici et là meurtrières et fratricides éclatent des guerres elle fixe sur nous son visage livide elle nous regarde d'un oeil hagard elle se demande effarée si nous viendrons à son secours si nous partageons la même terre si nous sommes tous du même lignage si nous sommes tous frères si nous sommes unis dans une même humanité 1998
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