Le salaud

et si je partais aux quatre vents
sans souffler mot
sans retenir la voile dans sa colère

et si je laissais le soc du navire
s'éventrer sur le corps de la mer
y secouer et y briser sa charpente
tout en ayant le désespoir au coeur

et si je laissais craquer ses os
et se tordre son armature
jusqu'à ce qu'il rende l'âme

et si je le laissais couler
sombrer dans le désespoir
se noyer dans le chagrin
incapable de sécher ses larmes

et si je l'abandonnais à son sort
n'ayant nul souci qu'il ne survive
et si je le laissais aller à la dérive

et si après tout
je n'étais envers lui
lui le paria ou l'exilé
lui le vagabond ou le réfugié
et si après tout
je n'étais qu'un salaud



Le 7 février 2001



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