Ruines

on regarde au-dedans
au plus profond de soi
on ne distingue
qu'une partie des choses
on ne se reconnaît plus
plus tout à fait
le temple en partie délaissé
est à l'abandon
des colonnes se sont écroulées
des dieux ont transporté
ailleurs
leurs pénates
des lares hantent
certains lieux cachés
souvenirs enfouis
que l'on croyait oubliés
ils sont là sous les piliers
on sent leur présence
corps sans vie
remords
qui nous pincent le coeur
que l'on voudrait renier
rayer de la mémoire
l'aube se tapit déjà
sur la plage
les vagues incessantes
viennent agoniser en gémissant
se fracassent et disparaissent
le vent violent
hurle au-dessus de la mer
heurte les vieilles pierres
à quoi bon s'agiter
se révolter
la mort rode
n'est pas loin
à quoi bon crier
on ne peut rien changer
de ce qui a été tissé
on est prisonnier de son île
insulaire de sa vie
à tout jamais
on est soi

1959-1960
Choix de poèmes

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