le noyé

on a le coeur chaviré
on retient ses larmes
nous voilà naufragé
sans défense
sans arme
à quoi bon les cris
les gens sont sourds
marchent les yeux fermés
n'ont ni joie ni mépris
chacun dans sa bulle
des problèmes plein les mains
qu'importe le temps qu'il fait
dans un autre jardin

on a compris
il faut se taire
se terrer avec sa peine
les deux pieds sur terre
supporter le mal de vie
sans nourrir de haine
marcher sur la pointe des pieds
pour ne pas déranger
à quoi bon faire des remous
mieux vaut souffrir en silence
que de passer pour un fou
en crise de démence

on ronge son frein
on ravale sa colère
on mange son poing
la solitude est entière
nous bouffe tout rond
on se débat
on surnage
au secours
on se noie
on coule au fond
on est noyé

entre mer et ciel
inattendue
tout à coup
une main tendue
on s'accroche désespéré
à cette miraculeuse bouée
quelqu'un nous hisse
hors des eaux houleuses
visage d'une inconnue
à travers les flots
on nous ramène à la vie
on à l'impression de renaître
on est là
abasourdi
on est là
que faire
maintenant
ici


1997
Choix de poèmes

Accueil