Le dictateur


regardez-le c'est lui le dictateur
être égoïste et ambitieux
il est aveugle du regard
comme les chiennes enragées
il s'apprête à mordre
la main qui l'a nourri
il se faufile sournois
avec une hypocrisie de serpent
dans les arcanes du pouvoir
il s'insinue à pas de loup
pour y prendre place et s'y loger
bientôt il devient général
il met sur pied de guerre une armée
qu'il incite à l'intolérance
qu'il soulève de sa haine
avec son troupeau de bêtes sauvages
il fomente un coup d'État
il abolit tous les partis
il envahit ensuite les territoires
de ses anciens alliés
il se déchaîne contre ses citoyens
comme un forcené
il affame son peuple
pour mieux le contrôler
pour assouvir sa soif de pouvoir
il fait tuer ses opposants
sans raison ni procès
qu'il se nomme Néron ou Hitler
Ceauscescu ou Bokassa
qu'il soit du Nord ou du Sud
comme Staline ou Amin Dada
qu'il soit de l'Est ou de l'Ouest
comme Pol Pot ou Duvalier
comme tant et tant d'autres encore
dont l'histoire retient les noms honteux
ceux d'hyènes sanguinaires
qui se repaissent de guerre
et s'abreuvent de sang
ils font partie de cette race maudite
regardez-la c'est celle des dictateurs

puis arrive sur son cheval blanc
le libérateur que tout le monde attendait
il détrône l'ancien tirant
colombe au plumage radieux
il prend sa place et fait tuer le dictateur
il promet des réformes politiques et sociales
il modifiera le processus électoral
les Nations Unies applaudissent
à la venue de cette colombe
mais celui-ci explique qu'avant tout
il doit chasser la bande de chacals
qui ont laissé le pays exsangue
il fait jeter dans de sombres cachots
les dirigeants qui l'ont précédé
et avec eux tous les opposants
ils mourront sous la torture incognito
le régime se durcit et un peu partout
le tonnerre gronde
le peuple grogne
l'aigle de la guerre civile tournoie dans le ciel
les citoyens tombent sous les balles
le pays est à feu et à sang
il faut tout remettre en ordre
le chef d'État décrète le couvre-feu
il s'arroge les pleins pouvoirs
il promet des élections pour bientôt
en attendant il bâillonne la radio
ferme toutes les frontières
empêche l'entrée des journalistes
fait fusiller ses propres ministres
qu'il accuse de corruption
ses amis partagent avec lui le pouvoir
dans un népotisme absolu
il se fait nommer Président à vie
il dit vouloir développer le pays
le faire prospérer dans la liberté
lui apporter le bien-être et la paix
celui que l'on croyait le libérateur
devient à son tour un tyran et un prédateur
pendant que les gens s'appauvrissent
qu'ils meurent de faim et de maladies
les politiciens vivent en prévaricateurs
le mécontentement monte
personne n'ose encore protester
en silence on se met à espérer
l'arrivée d'un messie et d'un libérateur
qui viendra sur un beau cheval blanc
libérer le pays et sauver la démocratie

31 mai 98
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