Rencontre du 23 avril 2006





    Photo: Yves Brillon





    CONCOURS



    Gagnantes ex-aequo


    恋




    solitaire
    une visite imprévue
    mon ombre


                                                                                                                              Robert, Lise


    Commentaire du jury:
    Haïku jouant sur le double tant sur le plan de l’image que sur celui du personnage. Un instant bien ordinaire - l'apparition inattendue de l'ombre lors d'un moment de solitude - se transforme, par l'instantanéité du haïku, en une occasion de prise de conscience : dès que le soleil se met de la partie, la solitude n'est plus totale. Si nous voulons seulement y prêter attention, nous découvrons que la part d'ombre qui nous est propre ne nous quitte jamais et paradoxalement, c'est grâce au soleil qu'elle se rappelle à notre mémoire - de façon imprévue!
    Sur un autre plan, le soleil peut évoquer une présence caressante par sa chaleur. Il réchauffe, enveloppe le corps comme un être aimé. Ainsi, il brise la solitude sans doute en renvoyant au souvenir d’un être cher.
    恋


    trois petits cailloux
    courent         derrière
    la bétonneuse


                                                                                                                              Leclerc, Hélène


    Commentaire du jury:
    Quoi de plus banal que des cailloux et une bétonneuse ? Mais grâce au "premier regard" de la haïkiste, ces deux objets inanimés, les uns minuscules, l'autre gigantesque, deviennent les protagonistes d'un instant cocace : on les voit dévaler la route légèrement en pente, les petits cailloux, pour courir après la bétonneuse... Et puis, au fond, pas si cocace : après coup, cela fait penser à tous ceux qui, étourdis, au lieu de tenter d'échapper à toutes les bétonneuses de ce monde, leur courent après...
    Image, donc, tout à fait délicieuse, haïku rafraîchissant. Plusieurs sens sont interpellés : vue, mouvement, odeur et son. Il évoque, en effet, et l'été, période où l'on refait les routes, et le bruit du béton qui coule dans la glissière de déchargement, et la sueur des employés de la voierie qui travaillent en plein soleil.
    恋



    Coups de coeur du jury


    恋



    oubli des vers
    tracés sur l'ardoise
    de l'enfance

                                                                                                                              Ducharme, Huguette


    Commentaire de Janick Belleau:
    Ce tercet me va droit au cœur en tant que poète. Il oppose l’enfance au vieillissement – celui-ci souligné par la couleur de l’ardoise qui rappelle les cheveux gris naissants. Il parle aussi de la mémoire… celle qui flanche et celle qui a souvenance. Somme toute, ce poème évoque une nostalgie certaine.
    恋




    Coin Sanguinet
    Le promeneur des banlieues
    S'arrête plus longtemps

                                                                                                                              Pelletier, Luce


    Commentaire de Monika Thoma-Petit:
    C'est un haïku très simple et concret qui ouvre sur une multitude d'associations. Nous sommes en présence d'un promeneur qui n'est pas un habitué du quartier et qui, au coin d'une rue au nom particulièrement intrigant, "s'arrête plus longtemps ". Tout reste à découvrir, une fois le haïku terminé : pourquoi cet arrêt prolongé ? On suppose qu'il doit s'interroger sur la signification du nom de la rue, et on fait la même chose : nos associations vont de la pulpe de l'orange sanguine aux mots "sang" et "sanguinolent" - et font soupçonner quelque événement lugubre du passé ou même craindre que ce nom puisse prédestiner le coin à un sombre destin...
    Voilà un de ces haïkus qui ont la vie longue... dans l'esprit, dans le coeur et dans le monde imaginaire de ses lecteurs !
    恋




    Depuis le matin
    Elle s'affaire à tisser sa toile
    L'araignée du soir

                                                                                                                              Joyal, Jeannine


    Commentaire d'Yves Brillon:
    J’aime beaucoup ce haïku d’abord parce qu’il est bien structuré dans sa forme «court-long-court». Ensuite parce que, dès la première lecture, il sait attirer notre attention et, aussi, nous accrocher par sa chute surprenante qui met en contraste, en les opposant, le matin et le soir par une utilisation judicieuse du jeu de mot qui découle de l'expression: "araignée du soir".
    Ce texte nous fait voir, en fin de journée, une araignée qui tisse sa toile: long labeur auquel elle s’affaire sans doute depuis le matin déjà. Par ailleurs, il y a dans ce haïku une référence implicite au dicton: «araignée du soir, espoir!». Donc, la fin du jour s'ouvre sur l'espoir, après une journée peut-être passablement éprouvante: espoir d'un meilleur lendemain, d'un avenir plus ensoleillé, plus heureux.




    恋