Je n'en peux plus
Je n'en peux plus d'expier tes sourires
Dans la blancheur des ombres
Les cortèges se suivent et moi derrière
Je ramasse les fleurs piétinées
Je n'en peux plus de recoudre tes paroles
Au fil du temps des couleurs fanées
Des mensonges en catastrophe
J'ai trop vu pour être aveugle
Je n'en peux plus d'oublier tes remords
Les souvenirs qui t'assaillent
De douceur en douleur
Il est trop tard pour les rappeler
Je n'en peux plus de croire aux étoiles...
M'attendras-tu dans le noir
Si je te dis d'attendre à l'aube?
*
Je ne sais
je ne sais pas pourquoi
je t'attends ici
je te cherche au travers des hasards
le vent en pleine figure
fleuve de silence
aussi lent que la liberté
*
noël
les glaçons glissent entre les branches
l'enfant s'éveille en
nous fragile et meurtri
les mains se lient en prière
pour ne pas être emportées par le vent
noël
quelques flocons de plus
viennent ensevelir l'ange
*
rose
(À ma soeur Émilie )
j'ai eu une pensée pour toi
à l'heure où tous les gratte-ciel sont roses
je ne dirai pas la couleur
des primevères au soleil
seulement le rose
le rose hypocrite
le rose incendiaire
il faisait froid et je n'avais
qu'un bout de craie bleue
*
Sauvons-nous
Sauvons-nous du soleil, la nuit tombe si vite
En ces bois obscurs que même le loup évite.
Cachons-nous sous une pierre, dans un ruisseau,
Inventons un tilleul pour cacher l'arbrisseau
Sauvons-nous du soleil, la pluie s'abat sur nous.
Un faon lève les yeux vers le ciel, à genoux ;
Cachons-nous avec lui, bercés par l'herbe haute
Et chantons le tonnerre aux oiseaux de la côte.
Sauvons-nous du soleil, la lune nous observe ;
Vois comme son oeil vitreux ce soir est en verve !
Cachons-nous derrière un sapin, veilleur tordu ;
Fuyons vers l'ouest. Embrassons-nous, siècles perdus !
Sauvons-nous du soleil, le vent glacé nous mord,
Pareil à la griffe ensanglantée du remords.
Cachons-nous dans les vagues courant sur la plage
Et lançons les perles argentées aux nuages.
Sauvez l'honni soleil, il brûlera sinon
Et ira se joindre à ces héros au grand nom.
Cachez-le dans vos coeurs, à l'abri de l'espace,
Offrez-lui asile, que le temps ne l'efface.
*
Silences
Je n'irai plus au-devant des mots
écouter le serpent siffler entre les grains de sable
regarder l'espace où vibrent les cordes
respirer l'air des bulles de magma
toucher le vent au centre des tornades
goûter le sel des fonds marins
Je n'irai plus au-delà des mots
de l'instant sourd des castagnettes
du cri des poissons rouges et des baleines
de la chaleur des flocons de neige
des traits fanés des fantômes
du feu entre l'épice et la langue
On ne sait pas la portée de nos silences.
© Sophie Lemay