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Les arbres de mon chemin
-I-
Mille dessins insensés
te tatouent. Mille formes
te forment, te déforment et
te font exister. Je t'enlace
et sens mes formes se fondrent
avec les tiennes. J'avale à petits
traits
l'instant de notre impossible union
et me retire avec mon corps
marqué,
pour toujours, par le tien.
*
-II-
Si je pouvais, je grimperais
au plus haut de tes rameaux,
je choisirais la plus tiède de tes
branches,
et y ferais un nid pour mes désirs.
Puis, un à un,
j'alignerais les chants que le vent
entonne dans tes feuilles, leur
ajouterais les rires des oiseaux
et me laisserais aller au rêve,
Rien qu'un instant.
Si je pouvais...
*
-III-
Ton corps, à l'odeur de terre,
détient mes pas.
Qu'est-ce qui aurait pu faire croître
ces rameaux si droits en direction
de la source et ces autres
décrire autant
et de si capricieuses courbes?
Qu'est ce qui aurait pu rendre ton
tronc
si tendre au toucher et moelleux
quand on s'y asseoit?
lainJe reprends mes pas lentement,
mais, un peu plus loin, je m'arrête
et te regarde à nouveau;
qu'est-ce qui aurait pu me détenir,
m'obliger à te toucher et...
... écrire ces choses?
*
-III-
Tes cartes (merveilleuses
imperfections), marquées
au hasard sur ton corps, sont
chemins par lesquels naviguent
les canots de mon imagination.
Si certains jours, en passant
indifférent, je ne les remarque pas,
cela ne veut point dire
que je sois loin de toi. Cela veut
dire
(terrible aveu) que je suis
loin de moi-même.
*
-V-
Le vent siffle dans tes vieilles
branches d'étranges chants.
Hier tu n'étais presque rien et
aujourd'hui tu n'es presque rien.
des semences qui te feront
renaître en d'autres êtres
me rappellent que mes mots
sur le papier me feront aussi
renaître,
chaque fois qu'on les lira.
Pour un instant, j'imagine
"éternité" n'être que cela.
*
-VI-
Les épines qui me protègent
ne me laissent pas te toucher.
Je te regarde et sens les
cuirasses
hérissées d'épines
avec lesquelles je me recouvre
et qui me "protègent"
m'écartant de tout ce qui
m'entoure.
Je te regarde à nouveau
et me demande porquoi.
*
-VII-
Je sens comme si c'était sur la
mienne,
ma soeur, la blessure qu'ils ont faite
sur ta poitrine. Plus tard,
à l'aube, je reviendrai.
Je sais que je ne serai pas capable
de curer ta douleur, mais
promets de cueillir quelques uns
de tes fruits et de les emporter
vers des contrées
où les seules armes connues
seraient le soleil dardant ses
rayons,
de bon matin, et le retentissement
des rires des enfants, au
crépuscule
*
-VIII-
J'observe l'harmonie avec laquelle
ton tronc soutient son ramage.
Je t'écorche légèrement
et hume la sève de tes entrailles.
Je me sens enivré. Ton corps
réveille em moi des sensualités
ignorées.
Un étranger passe. Sérieux,
je fais quelques pas en arrière et
t'examine avec un air catalogueur
feint.
Se sera-t'il... aperçu?
Je me retire, prenant congé de toi
avec un regard de travers.
©Pedro Veludo
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