C'est dans ce verger
c'est dans ce verger
que toutes les fleurs
ont pu lire les lignes de sa main
c'est dans ce verger
que nous affolions le jour
aussi
longtemps
je cherche mon sourire sur l'écorce
où sa poitrine faisait parfois son nid
où nos corps ne fêtaient plus
je veux dire
ne faisaient plus
qu'une seule
chenille
C'est par un rude hiver
c'est par un rude hiver sous mon épaule
que vous êtes venue
vous avez mis tant de lumière
dans cette demeure
que le long troupeau des siècles
ne pourra plus la dessécher
De notre petit sac
de notre petit sac d'éternité
contenant le pain de l'âme
tu en as fait deux
l'un pour toi
l'autre pour moi
aussi grands
assez grands
pour que l'on puisse s'y nourrir
longtemps
longtemps
En orgueilleux
en orgueilleux dans la tempête
j'ai perdu ma voile
j'ai dû quitter le navire
avec une barque
bien trop large
pour pouvoir ramer
seul
jusqu'à la source
Épitaphe
vous que j'aime et qui m'aimerez encor
quand la terre sera lourde à ma poitrine
sans vous commander je vous demande
d'être de ceux qui hèlent les nuages
car dans l'un d'eux parfois vous me verrez
blotti tout contre son épaule coiffé de ses boucles
vous m'y verrez, simplement, prendre un bain
Je marchais
je marchais dans les saisons
dans la mélancolie des vergers
j'avais des feuilles l'haleine tiède
mais comment leur épargner mon chagrin
mon cœur n'était que cloche triste
je vous devinais déjà le cueillir au cerisier
dans le sous-bois tendre et vert
je vous imaginais nue
vous nagiez dans la lumière écaillée de feuillage
tout au bout de mes promenades
au plus haut de l'aube
je vous attendais
sous le toit où s'écrit la dictée des saisons
dans le grenier aux vieillesses de pommes
je vous attendais
les rideaux neigent en silence
je me souviens
Sur ma main
sur ma main recueillant le ciel
un papillon naît
à chaque fois que le vent
m'apporte son sourire
les nuages me suffisent
pour peindre ses paupières
alors comment lui dire
cette joie gorgée de fruits
sous laquelle mon coeur
déploie son échelle de lumière
©Philippe Bailly