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Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © Daniel Dubé et les auteurs participants.

[ ... ]

Jean Dif


[ ... ] 1

Monde où j'avance la main tendue
les hommes ignorent le poids des rides
l'espoir leur tient lieu de jeunesse
Monde la main tendue et le coeur sur la main
saurai-je boire longtemps encore
le lait tiède des étoiles dans la jatte bleue de la lune
Saurai-je encore longtemps nommer ce que l'on dit
sous la cendre du jour un feu de feuilles mortes
un château rutilant ordonné par l'automne
Saurai-je reconnaître des lèvres dans les ronces
quand les mûres écrasées saignent comme des plaies
Saurai-je dire aux hommes avec des mots de plante
l'immense tristesse du buisson
qui ne sait qu'écorcher lorsqu'il veut caresser
Saurai-je te nommer pudeur
avarice de l'enfance
un pan de ciel dans l'oeil
comme un tableau vivant
Moi qui ai perdu le premier masque de mon visage
dans un village aux pieds d'une forêt
pleine de fraîcheur comme une femme est douce
Vivrai-je encore longtemps comme on apprend à lire
comme on apprend à dire sans chercher à savoir
que la générosité
d'une fleur c'est son parfum

(Extrait du recueil "La Voix Publique"
- Cahiers de Rochefort)

_________________________________

[ ... ] 3

Nous écoutons le chant de la sève
dans l'alcôve close d'étoiles buissonnières
Nous entendons l'appel des fleuves
sous les draps rougis par l'amour
Nous ouvrons le noyau de la nuit
pour libérer la joie scellée dans nos os
Nous savourons les luttes moites de l'adoubement
Nos caresses multipliées résorbent l'ombre
dans cette chambre qui troue le monde
et les étoiles crèvent les murs
pour dévorer les noirs augures

Il faudrait que neige la nuit
quand nos regards tressent
les silences blancs de l'amour
Alors nous serions l'espérance
de la perle sous son couvercle
et la stupeur tomberait vaincue
au pied des fontaines pétrifiées

(Ce poème a été publié dans le N° 17
de "Parterre Verbal")

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[ ... ] 4


Combien faut-il de neiges en gésine
de navires pétrifiés au fond des ravines
combien de puits vertigineux forés en vain
d'ascensions naïves achevées dans la tourbe
de blessures enfouies de sillons souterrains
d'escarres causées par des caresses
combien de cris muets dans les yeux des enfants
d'eaux recluses dans le silence des écluses
de coups qui déchirent les entrailles
pour qu'un matin sans en avoir l'air
l'oseraie libérée ose enfin une rose

(Ce poème a été publié dans
le N° 228 d'Encres Vives)

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[ ... ] 6

Dans les contrées où
tous les oiseaux sont
des proies gît le sang
des peut-être


Sous la parole
inassouvie d'âmes
comme un songe cache
un continent perdu

il est une terre promise
et des nuages
l'ombre qui saura
panser les forêts

Ma fiancée nue
est plus belle au bois
C'est elle qui dans la pierre
tiendra pour creuse
la mort reposant

Et la neige deviendra
laine magnifiante

(Extrait de "Kaléidoscope", ce recueil constitue
le n° 211 d'Encres Vives)

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[ ... ] 7

Tu te vois allongé au-dessus du passé
une deuxième mort derrière ta mort
image d'une étoile
dans les failles du soir

Admirable dans l'éternité
qui est distance
respire la béance pure
transmuant l'absence

Une improbable aurore
ouvre une vision dans la chair
Le sang devient pollen
où s'abrite l'avenir

Une profusion d'arbre en toi
carillonne de toutes ses médailles
qui sont des pages

L'ombre posée sur tes yeux se fait oiseau
écartant les branches de tous les hasards
Les paroles façonnent l'invisible
jaillissant jusqu'aux lèvres
margelles d'un nid

Ton regard s'échappe du vent
sur une plume
tirée des ailes de la cendre
chaude encore de tous les orages

Au berceau dis-tu
les fruits sont des fleurs
La saveur succède au parfum
et juin transforme en flamboyants les cerisiers

(Extrait de "Variations", recueil publié dans la collection
blanche d'Encres Vives)


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[ ... ] Le temps nous froisse

Les mots perdent leur pouvoir
Les apparences changent
On pourrait croire parfois
que la terre tourne plus vite
La pulpe se corrompt
Mais l'amande reste intacte
Elle récuse le plis des rides
On ne se lasse pas
de l'attente du bonheur


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[ ... ] On se trempe

dans le regard d'autrui
pour se rassurer
ou durcir

Un oeil sur nous se penche
et nous vivons par lui
le temps d'un reflet

On affronte l'ironie
parfois si dure
que les portes se murent

On apprend à se taire

Le coin frappé du poinçon
sonne sur le comptoir
La note est payée


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[ ... ] Les mots cherchent un nid
où s'accoupler
pour que naisse l'enchantement
comme s'ouvrent les bourgeons
paupières fermées
sur la lumière d'une fleur
Est-ce l'émotion qui cisèle
nos phrases ou bien celles-ci
qui nous incisent


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[ ... ] Pluie

Au delà de la dureté
la pluie hache l'espace

Le vent joue de la harpe
sur les hachures du ciel

La vitre est devenue
la surface d'un étang

Derrière comme des ombres
passent des noyés

Comment récuser le signe
que nous fait la mort

Sans doute on sombrerait
s'il n'y avait sous les caresses
le pelage d'un chat
une peau de femme


© Jean Dif


Le lien web de l'auteur: sous son nom, ci-haut.
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