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[ ... ]

Jacques Albin
 
[ ... ]Poème 6

lentement
d'un doigt
tracer sur sa peau
le dessin des mots
en lettres de soie;
d'une douce pression
dire la passion

torturer ses sens
d'une tendre souffrance
et laisser la griffe, l'empreinte
du souvenir de l'étreinte,
de la délicieuse plainte
à peine éteinte,
longtemps


Copyright Jacques Albin © 1998




[ ... ] Poème 8

j'étais dans son corps, immobile;
sans mouvement pourtant
sa caresse, intimement, me clouait;
nos regards éperdus, confondus
s'entremêlaient, tendrement;
nos âmes partageaient leurs secrets;

deux amants épanouis et émus
que ce baiser aux marques indélébiles
crucifiait
à jamais




[ ... ] Poème 9

couronnée du voile diaphane
de ses cheveux mordorés
elle m'offrait son sourire et ses larmes;
elle répétait "amour" d'une voix murmurée
dans un souffle rauque et irréel;
je disais des mots, inspirés par elle,
dont je ne me souviendrai plus
pour ne plus pouvoir les dire
à la première venue
au vulgaire désir



Dédicace

"Elle", c'est une curieuse rencontre; une rencontre
improbable. C'est, en cadeau, une inspiration inattendue et
fertile pour moi qui écrit avec parcimonie, voire paresse

Il ne s'agit pas d'un "coup de foudre" mais d'une évolution
étrange, rapide et impatiente dans nos rapports.
Une reconnaissance animale qui a transcendé le discours
théorique tellement elle était évidente, attendue, recherchée.

Je n'ai pas écrit ces textes pour elle,
je vous ai parlé d' "elle".

Merci d'être toi

18.12.1998 Jacques Albin




Dix poèmes pour lui


[ ... ] Poème I

il m'a mené sans peurs
dans la forêt noire et sombre;
lieux hantés et maudits de la rumeur

il m'a fait rire des fantômes :
des arbres sous la lune, les ombres;
des farfadets, des sorcières et des gnomes

il m'a conduit à la Roche Aux Fées
d'où nous les regardions, intouchables,
les yeux brillants et émerveillés.

il m'a expliqué les chemins interdits,
les taboos, le vrai, le vraisemblable;
l'origine et la cause de tous bruits

il m'a montré, en posant des repères,
qu'on ne se perd que par imprudence
et comment éviter le piège des ornières

c'est à lui que je pense
quand mes pensées dansent
séduisantes ou désespérantes;
quand mes pensées chantent
il surgit du fond de ma mémoire
et, de son regard d'éternité, brise les miroirs


Copyright Jacques Albin © 1998




[ ... ] Poème II

du regard il m'a tout appris
sans un mot, sans un mouvement
pour comprendre, je regarde les yeux;
pas les gestes et je suis sourd aux mots

je lis:
à travers les mots je devine les yeux

j'écoute:
si les paroles ne trahissent pas le regard

je vois:
sans me fier à l'apparence;

n'essayez pas de m'apprivoiser,
je suis sauvage et je le reste;
ne m'approchez pas avec vos colliers;
même précieux,
il y a toujours une laisse
et au bout de la laisse, un maître

celui que je respecte est un guide
c'est pour cela que je le suis;
pour celui qui se croit mon maître,
mon mépris

Copyright Jacques Albin © 1998




[ ... ] Poème III

Muette,
elle le regardait,
son regard intense
le reconnaissait;
alors qu'ils ne s'étaient jamais croisés.

Figé,
du regard il la suivait,
gracieuse et légère;
feignant l'indiffèrence
il savait qu'il ne pourrait lui résister

je me suis éloigné
alors qu'ils se rapprochaient
prudemment, avec douceur et joie

veillant à la tranquillité de leurs ébats.

Il venait de m'apprendre
le respect et la pudeur
le destin et la tendresse

Copyright Jacques Albin © 1999




[ ... ] Poème VII

nous avons suivi des pistes
à la recherche de trésors;
pris mille risques
défiant la mort;

durant de longues heures, parfois,
nous attendions mon rêve
qui surgirait, nous n'en doutions pas,
du néant, telle Eve;

nous dormions ensemble,
nous marchions ensemble,
nous rêvions ensemble,

ensemble .....




[ ... ] Poème X

ce jour-là, il était couché sur le flanc
j'étais venu pour lui, il le savait;
son regard, je m'en souviens, était confiant
il m'avait tout appris, sa mission se terminait;
fermant les yeux, sa tête se posa sur ma main

il me laissa une déchirure, plus qu'un chagrin

alors, l'enfant_Loup est devenu homme_Loup




[ ... ] Humains, mes cousins

Humains, mes cousins;
après vous avoir côtoyés quelques temps
je retourne où me mènera le vent;
je n'ai pas compris vos paroles de paix
vous qui, indéfiniment, réinventez la guerre
je n'ai pas compris vos blasphèmes
alors que vous discourrez de poèmes;
pourquoi fuyez-vous la lumière
et préférez-vous, à la vérité, les secrets ?
Humains, mes cousins;
je vous laisse à votre destin
et je reprends mon chemin

que votre Dieu vous protège
de vos sacrilèges.




Dédicace

"Lui", ce sont mes racines, ma source, mon enfance. C'est la marque indélébile que portent ceux qui ont grandi en compagnie d'un animal de meute.
Ces enfants, devenus grands, restent étrangers à une société en rupture totale des valeurs naturelles et instinctives.
Je vous ai parlé d'un chien-Loup qui m'a appris, sans un mot, plus que ceux qui prétendent être les porteurs du savoir.

Ni homme, ni Loup; ET homme, ET Loup; mon destin est solitaire. Incompris de tous; chacun reconnaissant les signes
de l'appartenance à l'autre groupe.

J'ai dû, il y a peu, choisir entre la vie et la mort.
J'ai choisi la vie, j'ai choisi l'état sauvage.


12.02.1999 Jacques Albin


©Jacques Albin

 


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