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Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © Daniel Dubé et les auteurs participants.

[ ... ]

Éliane Mounier


[ ... ]l'Eglantier

Avec beaucoup de douceur
et de lucidité,
je laisserai mourir
l'églantier sauvage
de mon jardin.
Je ne lui donnerai plus
l'eau de la fontaine conteuse,
ni le soin quotidien
de mes mains protectrices.
Les jours de grand soleil,
je ne viendrai plus
me placer devant lui
pour lui offrir toute l'ombre
de mon corps.
Je ne reviendrai pas
les nuits d'orage
apaiser l'inquiètude
de chacune de ses fleurs.
Je laisserai mourir l'églantier.
Déjà son parfum
perd un peu de son miel,
il n'est plus que fragrance
d'un émoi indécis,
il s'épuise au centre de sa solitude,
il ne se suffit plus.
Moi, je le regarde,
doucement je tisse
son linceul de neige,
doucement me récite ses mérites,
doucement, je lui prépare
un bel enterrement.




[ ... ]Rideau rouge

Rideau rouge,
voici que face à toi
mon coeur est tout attente,
qu'un goût étrange,
un goût de sel
me monte aux lèvres ;
celui d'une joie avide,
sourde, pénétrante,
de vivre ce moment,
celui-là, seul.
Soudain, c'est comme si
toutes les heures d'avant,
se détachaient du temps
avec le bruit léger
du sable qu'on égrène,
comme si,
un gong invisible résonnait
quelque part
et que mon sang, seul, l'entende.
La vie converge en un point unique,
la bête dévorante, magnifique,
s'éveille,
les trois coups sont frappés,
le rideau se soulève
voici qu'apparaissent
les tréteaux du rêve,
les servants de l'oubli.



[ ... ]Ciel

Voici le matin,
voici le jour
reconstruit avec
les épures d'hier.
Voici nos symboles,
nos chaînes, nos doutes,
totems et peintures de guerre.
Long corridor de nuages,
fleuve à l'envers suspendu,
dans un frisson
j'y lave
mes mains tendues.
Je pleure,
rien ne me délivre,
je crie
l'écho devient fou ;
anges insensibles
à quels accents,
à quelles larmes
répondez-vous ?




[ ... ] Seuil

Le seuil est-il
celui de l'éveil
ou bien celui
d'un engloutissement
plus profond ?
Est-il aube ?
Est-il nuit ?
Il y a ce chemin,
esquissé, à peine,
cette eau pour leur soif.
Elle se rappelle à lui,
qui s'est ouvert à elle ;
tant de jours décolorés,
tant de mailles perdues,
et puis
leurs voix, leurs silences,
leur espace, à eux.
Trouver des vents favorables,
croire,
croître peut-être
à ce qui ne réduit pas,
poudre d'or
dans la sébille du temps.
Elle imagine qu'il sait
ce qui lui convient
à elle,
qu'il lui parlait déjà
dans le noir, à l'oreille,
depuis, il y a longtemps.
Elle imagine qu'il sait
combien ensemble
ils ont moins peur.
délivrés de leurs images,
pourront-ils,
d'éblouissement, en éblouissement
marcher dans une trace heureuse?




© Éliane Mounier
[ ... ]Exorcisme

Je te mélusine
t'atropine
te vocalise
te paganise
te balise
te stylise
te convole
te survole
t'alvéole
t'affole
te convole
t'alluvionne
te percute,
te flibuste
t'exécute
te cadence
te vendange
te ripaille
t'alcoolise
t'exorcice
t'émulsionne
te blasonne
te couronne
te digère
te dors
te grisaille
te vitrail
te passionne
te fulgure
te luxure
t'azure
te hante
te serpente
te sermente
te love
t'écorce
te noce
te fume
te hume
te misère
te chimère
te consûme

AMEN





[ ... ]Pour tout vous dire

Pour tout vous dire
je n'ai, ni pain, ni argent
dans mon escarcelle,
ni chien, ni ami,
ni amour même.

Pour tout vous dire
je n'ai rien
rien qu'un poème aux lèvres
qui m'a poussée sur des chemins
de ronces et de fièvres.

Pour tout vous dire
j'avais bien
des lettres de créances
pour des pays lointains
j'avais ami, j'avais finance.

Pour tout vous dire
quand on va loin
ces choses perdent importance,
il n'est d'amour,
il n'est de bien
qu'un poème ne compense.





[ ... ]Jardiniers

Les jardiniers de l'impatience
font éclore des roses de fer
au coeur sans abeilles.
Ils sont pleins de fureur
pour le groseiller
miroir de leur souterraine ressemblance.
Ils ont noué leur chant
à la gorge d'un oiseau,
pour un poème de feuille,
une prière de branche ;
ainsi font les enfants
qui confient à l'eau
des rêves de papier
et au ciel
des comètes blanches.
Ils vont vers des pays
qui ne sont pas couronnés,
sans origine, ni descendance,
lointains pays des jardiniers.





[ ... ]Ne plus parler...

Ah, ne plus parler,
dénouer dans le silence
tes fils de couleur,
t'absoudre quand ta tête
s'abandonne à ma tendresse,
apprendre, comme les aveugles
par coeur,
l'itinéraire de mon amour,
ne plus parler,
ne plus voir avec mes yeux de chair,
tout recommencer dans le silence
et l'obscurité,
centimètre, par centimètre,
cellule, par cellule,
je t'irriguerai de bonheur.









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