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| Le
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| Emmanuel Hiriart |
Extraits tirés du recueil intitulé Quelques mots sur les pierres.
Assis sur l'herbe des falaises
Je guette l'océan.
Une vague brume traîne
Entre les bras de la brise.
Des oiseaux de mer tournent
Glissent et se jouent des vagues,
Passeurs sans rivage de l'infini chaos
Qui pourtant s'assemblent
Comme pour cacher leurs solitudes.
Comment parler, et pourquoi?
En présence de ces passants simples
Qui sont le geste même du monde.
Blessant l'écolier trop savant
L'enfant que j'écris à mots lents
Sans comprendre
Cherche à les imiter.
*
Pour Hélène
-1-
Elles s'en vont
Vers l'ombre et la forêt,
Comme étranges,
Sur les marges du vide.
Les trois soeurs disparaissent,
L'écume des graviers
Epuise le monde désormais.
L'ombre
Jette sa pierre au néant,
Ronge le vide.
L'exil me gagne,
Et son harmonie mystérieuse
De pays renversé.
Et pourtant
Je crois reconnaître ici
Les rivages de la parole.
Je rêve un instant
Que je rêve avec toi
Marchant sur les terres du silence.
*
-2-
Elles s'éloignent
Du chemin,
Laissent l'absence
A sa courbe
Et s'adonnent
Aux ombres.
Qu'offriront-elles aux morts
Dont le souvenir frémit
Avec les chênes sous le vent?
Que diront-elles
Au silence
Qui ronge leurs solitudes?
Elles laissent au soleil
La nudité
L'opacité des pierres
*
-3-
Sous le soleil d'hiver
A petits pas
Quatre vieilles dames
S'avancent
Dans le bourdonnement
Des mots.
La forêt les ignore.
La litanie des souvenirs
Qui les rassemble
Cache les chênes.
Je les quitte
Pour un chemin d'ombre;
Des pas furtifs
Emportent leurs secrets
Avec des craquements de feuilles.
*
-4 -
Sur le chemin de silex
Passe le souvenir
Des passants.
Après la pluie
On entend juste
Des mondes qui se froissent,
Insoumis.
Des mots jonchent la terre,
Vagabonds,
Privés d'histoire.
*
-5-
L'ombre ronge
Les marges
Jette une pierre au néant.
Au centre,
Rien
Que le réseau tendu des ombres.
Une crue de monde
Emporte les cadres rompus
Des phrases aveugles.
La pierre douce
Semble rire du vent
Et claire s'offre à la pluie
Froide comme le volet clos
Que les passants regardent.
Entre leurs pas pressés
Le silence fait un bruit curieux.
*
Pour vivre
Pour vivre il suffit
Dit l'accorte marmotte
D'un rocher d'un pré fleuri
Le rocher sert à dormir
A guetter à crier
A prendre le soleil à s'épouiller
A regarder le monde qui s'écoule
A se cacher couchée comme un tapis.
Le pré c'est pour brouter
Comme les vaches du soleil
Et jouir un peu de la fraîcheur d'être.
A la fin d'habitude un aigle
Vient il vous emporte
Sur son nid de mort.
A la fin la marmotte vous laisse
Seul un caillou moussu pour miroir.
© Emmanuel Hiriart
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