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[ ... ]

Archibald Michiels


extraits tirés du recueil intitulé Tamquam vas figuli.
[ ... ] -VI-

Il faudra attendre.
Au début il y aura seulement le sable,
couleur de sable.

Puis viendra la mer,
les vagues chargées de sel,
au goût de sel.

Et tu attendras le soir
en écoutant le silence de l'algue et du poisson
dans le vacarme de l'eau rompue;

et ce n'est que beaucoup plus tard
que tu pourras parler.

 


 [ ... ] -X-

La porte grand ouverte sur le jardin, comme quand j'étais enfant, je regarde médusé les grosses gouttes
de la pluie d'été rebondir sur la terrasse.

Carrés clairs tachés de sombre,
carrés sombres encore un instant
tachés de clair.

Je pense à tout ce qui s'est passé,
à tout ce qui est passé.

Et je suis satisfait qu'il me reste
cette chute de la pluie
ancienne et familière,
qui arbitrairement tache
les dalles de la terrasse.

 

 
[ ... ] -XV-

Refais de moi ton écho
(je ne supporte plus ces mots qu'on pèse et qu'on repèse
et qu'on agence sur la ligne).

Je veux ta parole,
haute comme la haute flamme de la joie ;
je veux les gouttes d'or
de ta lèvre brûlante.

(Et je ne jugerai rien :
tu pourras à l'envi
tordre le bras à la syntaxe et le cou
au sens).
 

 

[ ... ] -XVI-

the meaningless singing of the birds
excludes us like a blade

Nous ne savons parler que de nous-mêmes
et de notre impuissance à parler d'autre chose.

Pourtant la rivière traverse le bois ;
la lumière se glisse dans les branches ;
le ciel indifférent chaque minute change.

Et la nuit est un étang calme
où nous ne retrouvons pas notre reflet.
 



[ ... ] -XXVIII-

Me laisseras-tu un jour
toucher cette chose brûlante
à la racine du désir ?

C'est nommer que je veux,
pas prendre possession.

Vivre dans la béatitude de ta parole
sans la laisser s'appauvrir dans les choses
que toujours finalement,
frileusement,
elle désigne.
 




[ ... ] -XXIX-

Peut-être le temps est-il revenu de dire simplement des choses simples, de chercher à savoir pourquoi
ces étés-ci n'ont plus la saveur de ces étés-là.
J'ai le souvenir d'un silence rempli de présences, insectes sous la feuille, et la lumière qui doucement se
déplie sous le filtre des arbres.
J'ai le souvenir d'eaux plus claires et plus abondantes, d'un vent plus libre balayant des terres plus
larges.
J'ai le souvenir d'une fraîcheur qui m'est dans la bouche un goût de gingembre.
J'ai le souvenir de jupes de couleur, d'un avant-bras frais.
J'ai le souvenir de paroles qu'il serait vain et sacrilège de transcrire, puisque le vent ne les porte plus et
le ciel s'en indiffère.
J'ai ces souvenirs.
J'ai cette tâche, trop clairement destinée à un autre, trop clairement destinée à moi-même, d'en refaire
quelque chose qui donnerait la même ombre tendre, la même contraction des muscles, le même familier
vertige.
J'ai cette tâche.
Je connais l'outil et l'artisan.
S'offre à moi la dérision, arme ridicule contre ce qui me dépasse.
J'ai ces souvenirs et cette tâche.
Ici je voudrais me retirer, céder la parole, à qui de droit.
Le temps est revenu de dire simplement des choses simples, de chercher à savoir pourquoi ces étés-ci
n'ont plus la saveur de ces étés-là.


©Archibald Michiels


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